• Clara

"Aussi invisibilisées que les populations dont on s’occupe" : Paroles de travailleuses sociales.

Les locaux de Du Pain & des Roses sont situés aux Cinq Toits, un tiers-lieu d'innovation sociale qui héberge réfugié.e.s, demandeur.euse.s d’asile, travailleur.euse.s sociaux/ales, associations, entrepreneur.euse.s, artisan.te.s ou artistes... Michael Mosset, Responsable technique du lieu et photographe, partage sur les réseaux sociaux des portraits des acteur.rice.s du lieu. Nous retranscrivons ici et en intégralité son article sur Sophie et Béhija, travailleuses sociales, qui partagent leur expérience du métier et notamment les conditions d'exercice spéciales dans le cadre de la pandémie de Covid-19.


La semaine dernière Libération publiait la tribune "Pourquoi les travailleurs sociaux sont-ils oubliés de cette crise ?". Alors pour le 1er mai je suis allé chercher un témoignage. Béhija et Sophie sont travailleuses sociales au centre d'hébergement d'urgence Les Cinq Toits.


"On est aussi invisibilisées que les populations dont on s’occupe. Les populations qu’on prend en charge ici ce sont les invisibles, les gens qu’on ne veut pas voir, les grands oubliés, la grande précarité.


Dans les professions qui sont citées lors des allocutions présidentielles, quand on parle des professions qui sont importantes pendant le confinement, les gens qui sont essentiels, et bah on ne parle pas de nous tu vois. Après on sait qu’ils ne peuvent pas citer tout le monde, il y a plein de métiers qui sont oubliés. On nous parle de prime et caetera, déjà je pense que nous on est les derniers concernés par les primes et au-delà de ça, au lieu de donner des primes, ce qui est déjà bien, c’est plutôt revaloriser les salaires, les conditions de travail de toutes ces professions en fait.


La scolarité ça creuse les inégalités, s’ils n’avaient pas accès à un ordinateur, à internet, même une boîte mail, alors que tous les devoirs ça passe par là, si nous on était pas capables de gérer le truc et de recevoir tous les jours les emails pour les cinquante-six enfants du centre, les dispatcher, expliquer les consignes…même nous en gérant il y a quand même eu des décrochages. Il y a des enfants qui ont décroché parce qu’on ne peut pas tous les suivre. Au niveau de l’accompagnement des parents, il y a des parents qui n’ont pas été scolarisés, même s’ils parlent français ils n’écrivent pas forcément le français, ils ne lisent pas le français donc le suivi au niveau des parents c’est compliqué. Du jour au lendemain les enfants ils ont été coupés de tout, des bénévoles qui venaient ici, de l’école, du soutien scolaire, du point d’accueil jeune où ils allaient faire leurs devoirs.


Souvent les gens ils pensent qu’on ne fait que de l’administratif mais s’ils voyaient toutes les choses qu’on fait, on n’est pas que derrière un bureau à remplir des papiers. Il y a des gens qui veulent juste venir nous voir pour parler, ou juste pour nous voir, ça les rassure. Avec le confinement on s’est dit à plusieurs reprises qu’on n’avait pas le temps d’offrir ce temps de parole aux gens et qu’on devait essayer de le prendre au maximum parce que tous les suivis psys ont été coupés, donc les gens ont encore plus besoin de venir vers nous. Il y a une profonde angoisse qui est sortie de ce confinement, les gens n’ont plus tous les espaces de décompression qu’ils avaient avant, ce qui fait que quand ça pète c’est sur nous que ça tombe. On est tout, profs d’école, psys, coiffeuses pour les enfants ! Infirmières quand il y a des petits bobos, on fait tout."




© Michaël Mosset

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